| Notre histoire |
|
Au Québec, il y a une trentaine d'années à peine, il fallait taire la violence que les femmes subissaient de la part de leur conjoint. Elles gardaient sous silence les coups, les injures, les mauvais traitements psychologiques, les abus sexuels. Elles étaient encouragées par l'Église et leur entourage familial à ne pas briser leur foyer. Cela faisait partie du lot matrimonial : « Pour le meilleur et pour le pire »
« Prends ton mal en patience, pense à tes enfants » « L'enfer est ici-bas mais ta persévérance sera récompensée » Des femmes ont supporté complètement terrorisées, isolées de tout, résignées à endurer, pensant atteindre un jour l'idéal familial pensant que leur conjoint allait changer ou pire, croyant qu'elles avaient dû forcément faire quelque chose pour déclencher tout ça. Ces femmes souffraient et personne n'était là pour les aider. La douleur psychologique, morale et physique causait des torts irréparables, plusieurs d'entre elles se retrouvaient dans les asiles psychiatriques parce que leur santé mentale était définitivement détériorée. Les dossiers des patientes en milieu psychiatrique de l'époque démontrent en effet un nombre effarant de problème dont la source remonte à la violence conjugale ou familiale qu'elles ont subie. D'autres femmes quittaient le domicile conjugal en désespoir de cause mais au prix de l'abandon de leurs enfants et avec le reniement de leur entourage. Dans les cas extrêmes, des femmes ont été assassinées par leur conjoint mais la cause réelle de leur décès était couverte par des déclarations du genre : " Elle était folle et voulait l'attaquer, il s'est défendu et l'a tuée ". L'homme accusait sa femme d'avoir fait quelque chose qui méritait violence et qui avait fait perdre le contrôle du mari, du genre elle avait un amant, l'adultère étant vu comme suffisant pour faire perdre le contrôle d'un homme Et puis au milieu des années 70, des groupes de femmes de différents milieux tels que religieux, et féministe ainsi que des femmes ordinaires ont commencé à briser le silence et à dénoncer publiquement la violence conjugale. En 1975, les deux premières maisons d'hébergement pour femmes en difficulté du Québec ouvrent les portes. Il s'agit de l'Auberge Transition de Montréal jadis associé au Y des femmes et Carrefour pour Elle de Longueuil. Dans les années suivantes, cinq autres maisons se développent et les projets fusent. Elles sont toutes inspirées du modèle communautaire britannique décrit par Erin Pizzey dans Crie moins fort les voisins vont t'entendre. En février 1979, les maisons d'hébergement existantes ressentaient le besoin de se regrouper pour discuter du financement des maisons - ne recevant aucune subvention récurrente - et d'échanger sur leur fonctionnement. Il y avait aussi des ressources à penser et à créer et de la formation à se donner. Les règlements et statuts du Regroupement provincial des maisons d'hébergement pour femmes en difficultés sont adoptés et l'organisation voit le jour. Très rapidement, les maisons identifieront une clientèle qui se démarquera par leurs besoins pressants : les femmes victimes de violence conjugale. En 1982, le Regroupement changera donc son nom pour devenir Le Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence. En 1988, il spécifiera encore davantage son nom pour Le Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. |


