Tentative d’assassinat et menace de mort envers son ex-conjointe

À quand la formation des intervenants judiciaires?
À quand des ressources de supervision de droits d’accès?

Rouyn-Noranda, le 7 janvier 2015 – Le 5 janvier, Sébastien Cadieux, 27 ans, était l’objet de plusieurs chefs d’accusations graves, notamment tentative de meurtre, voies de fait graves comportant des mutilations, voies de fait et menaces de mort ou de lésions corporelles suite à l’agression de son ex-conjointe Sabrina Bernier Bertrand et de M. Bergeron qui accompagnait cette dernière.

Ce même jour, Cadieux devait déjà comparaître pour des accusations de conduite dangereuse et de méfait, de voies de fait armées, de voies de fait ayant causé des lésions et de menaces de mort à l’endroit de Sabrina Bernier Bertrand. Les faits qui lui sont reprochés avaient été commis le 29 novembre 2014, il lui était interdit, depuis le 1er décembre, de posséder ou de porter une arme et de contacter Madame. Les médias mentionnaient que pour une raison encore méconnue, Mme Bernier-Bertrand s’est présentée à cet endroit le 4 janvier en compagnie de M Bergeron.

La violence post-séparation existe! Selon le ministère québécois de la Sécurité publique, environ 85% des victimes de violence conjugale sont des femmes et plus de 40% de celles-ci sont des ex-conjointes. Nous, maisons d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale sommes bien placées pour en témoigner. Certains conjoints profitent de leurs droits de visite ou de garde pour continuer de harceler leur ex-conjointe, certains retournent leur violence contre leurs enfants.

Notre expérience en tant qu’intervenante en maison d’hébergement, nous amène malheureusement à constater l’incohérence de certaines décisions du tribunal, des décisions où les victimes sont parfois prises au piège.

Par exemple, en contexte de violence conjugale, au niveau criminel, on émet des interdits de contact à des accusés sauf en ce qui concerne directement les enfants. En clair, on considère que l’accusé peut constituer une menace pour son ex-conjointe et on lui interdit de l’approcher ou de la contacter, mais on fait une exception en lui permettant tout de même de communiquer avec elle pour exercer ses droits de garde ou de visite des enfants. Comme si en ces occasions il ne constituait plus une menace. Était-ce le cas cette fois-ci? Nous le saurons probablement au courant des procédures judiciaires.

Nous constatons également la difficulté des tribunaux, autant au niveau de la famille qu’au niveau criminel, de tenir compte de la violence conjugale, du fait qu’elle se poursuit, et augmente parfois, après la séparation.

Souvent, des juges octroient à des pères violents des droits de garde et d’accès aux enfants, sans nécessairement évaluer les risques que cela fera courir à la mère et aux enfants. La mère doit alors respecter le jugement, à ses risques et périls. Et ces risques sont d’autant plus grands que le Québec manque de services de supervision de droits d’accès qui pourraient permettre aux pères violents de voir leurs enfants sans menacer leur sécurité ou celle de leur mère.

Le gouvernement du Québec s’est doté d’un plan d’action en matière de violence conjugale. Nous interpellons les ministères responsables. Quand offrira-t-on une meilleure formation sur la violence conjugale à l’ensemble des intervenants judiciaires? Quand mettra-t-on en place un réseau de services de supervision de droits d’accès, accessibles dans toutes les régions du Québec, dont les intervenants seront formés pour évaluer les risques à la sécurité? Il ne s’agit pas là de « luxe », mais de mesures pour sauver des vies.

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