« J’ai décidé d’appeler car je ne veux pas être la prochaine ».

C’est le genre d’appels que reçoivent les maisons d’aide et d’hébergement dans les jours qui suivent l’annonce d’un nouveau féminicide en contexte conjugal. Et ils sont toujours plus nombreux après de telles nouvelles. Derrière le bilan terrifiant des meurtres conjugaux, il y a au moins autant de femmes qui ont échappé in extremis à la mort et des milliers d’autres qui la craignent. La violence conjugale ne fait jamais relâche, et les maisons d’aide et d’hébergement non plus.

Au quotidien, les intervenantes de ces ressources répondent aux appels téléphoniques, accueillent des femmes qui ont décidé de fuir – souvent avec leurs enfants –, accompagnent celles qui ne séjournent pas en maison, vont dans les écoles pour faire de la sensibilisation, offrent des formations à des professionnel.le.s de différents milieux de travail, notamment le milieu judiciaire, organisent en urgence des cellules de crise lorsque survient une situation à haut risque homicidaire, etc., etc. Il arrive que les maisons ne parviennent pas à accueillir toutes les femmes qui en font la demande ; elles trouvent alors mille et une solutions créatives pour les mettre en sécurité malgré tout. Pour offrir tous les services nécessaires aux femmes et à leurs enfants, et faute de moyens, elles doivent parfois couper dans leurs diverses actions de sensibilisation, qui sont pourtant le gage d’un changement des mentalités à long terme.

Expertes en violence conjugale, les travailleuses des maisons sont sollicitées de toutes parts pour accompagner les grands changements opérés par le gouvernement : pour soutenir les acteurs sociojudiciaires en vue de l’implantation du Tribunal spécialisé, pour accompagner les employeurs dans la mise en œuvre de milieux de travail sécuritaires pour les victimes, ou encore pour former les intervenant.e.s de la DPJ ou la police en vue d’approfondir leurs connaissances de la problématique.

Pour remplir cette mission aux multiples facettes, les maisons d’aide et d’hébergement ont besoin de ressources suffisantes. Car aucun appel ne doit rester sans réponse. Malgré les sommes supplémentaires allouées en 2020 et 2021, le gouvernement s’était engagé à évaluer les besoins qui demeurent non comblés. Ne connaissant pas encore les intentions du gouvernement Legault à ce chapitre, nous plaçons tous nos espoirs dans le budget 2022 qui sera dévoilé le 22 mars prochain. Nous souhaitons de tout cœur que la volonté politique affichée par la vice première-ministre Guilbault et le ministre Jolin-Barrette saura se traduire également par un rehaussement du financement des maisons d’aide et d’hébergement, en plus de la construction de nouvelles maisons. Tel que présenté dans un mémoire déposé lors des consultations pré-budgétaires, notre Regroupement estime qu’un rehaussement de 27M$ sera nécessaire pour consolider le réseau, en plus d’un ajout de 8,5M$ pour créer minimalement 6 nouvelles maisons pour femmes victimes de violence conjugale. Rendez-vous le 22 mars.

Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Partager
Violence conjugale : un budget 2022 attendu, pour ne laisser aucun appel à l’aide sans réponse


Partager sur