Depuis de nombreuses années, différentes instances québécoises, tant de la société civile que des institutions gouvernementales, multiplient les efforts pour informer les femmes sur la problématique de la violence conjugale et pour encourager celles qui en sont victimes à demander de l’aide afin d’y échapper et trouver sécurité, pour elles et leurs enfants. En 2020, au moment où le confinement rendait les demandes d’aide plus difficiles, on a même demandé au premier ministre, Monsieur Legault, de profiter de ses conférences de presse journalières pour passer le message. Celui-ci a répondu à l’appel et a assuré aux victimes qu’elles seraient davantage en sécurité dans des ressources spécialisées que chez elle. 

Depuis quelques semaines, Radio-Canada met en ondes À Cœur battant, une série sur la violence conjugale qui est bien loin du film qui tourne en boucle chaque jour dans les maisons d’aide et d’hébergement. Traiter de violence conjugale demande du doigté. Nous comprenons bien qu’À cœur battant est une œuvre de fiction et non un documentaire. Mais, au-delà des nombreuses invraisemblances que contient la série, il est désolant qu’une chaine de télévision publique choisisse le sensationnalisme au détriment de la responsabilité sociale. 

L’émission diffusée hier soir se terminait sur le suicide d’un conjoint violent sur le terrain d’une maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Quel message cette émission envoie-t-elle aux victimes, à leurs proches? Que se réfugier dans une maison d’aide et d’hébergement provoquera le suicide de son conjoint? Que les conjoints violents peuvent trouver facilement le lieu où s’est réfugiée leur conjointe? Que la sécurité des maisons est fragile et par conséquent celle des femmes et des enfants qui s’y trouvent?  

Bien qu’il arrive que des conjoints finissent par trouver les coordonnées des maisons malgré les efforts pour conserver la confidentialité des lieux, à notre connaissance, en quelque cinquante ans d’existence des maisons au Québec, un seul drame s’apparentant à celui-ci est advenu. De façon générale, les mesures de sécurité et les différentes procédures mises en place par les intervenantes des maisons d’aide et d’hébergement et, au besoin, l’intervention diligente des policiers, arrivent à prévenir de tels gestes.  

Radio-Canada et les artisans de cette série ont choisi les cotes d’écoute. Nous, nous choisissons la sécurité des femmes et des enfants et nous souhaitons les rassurer, elles et leurs proches par cette lettre ouverte. N’hésitez pas à demander de l’aide et à trouver refuge dans les maisons, ce sont des lieux sûrs et les intervenantes évalueront toujours avec vous les options pour assurer votre sécurité.  

Annick Brazeau,  

Présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

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Quand le sensationnalisme prime sur la sécurité des victimes de violence conjugale


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